Témoignages de nos Bénévoles

  • Témoignages de bénévole

 

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J’arrive dans le service et comme d’habitude je consulte le tableau où sont inscrits les noms des patients.

Aussitôt la psychologue se dirige vers moi, m’embrasse et me deamnde d’aller voir en priorité une malade arrivée depuis peu, très difficile, mais demandeuse de présence et la psychologue me précise que cette malade apprécie le toucher.

Je rentre discrètement dans la chambre.

La malade a les yeux clos mais sent ma présence. Je m’assis près d’elle et lui prends la main. Et là, elle me gratifie d’un merveilleux sourire.

“Je n’ai pas envie de parler” me dit-elle, “mais surtout ne partez pas” !

Je lui explique alors qu’on n’est pas obligé de communiquer par la parole, mais qu’il y a aussi le regard, le toucher et la présence.

Nous restons main dans la main un long moment ponctué de sourires.

Puis elle se met à parler beaucoup : de sa maladie, de sa révolte et un peu de sa famille qui la déçoit.

Et brusquement elle me dit : “ça suffit pour aujourd’hui” et me donne congé.

Je lui dis au revoir et c’est elle qui me dit “à la semaine prochaine”.

Ce fut un moment merveilleux !

Voilà, c’est tout cela être bénévole : présence, écoute, regard, toucher et parfois parole, souvent même, mais pas toujours.

Compréhension, admiration devant le courage des malades et humilité car nous ne sommes qu’un petit maillon d’une chaîne entièrement dévouée au confort et au bien-être (au sens très large) du malade.

Elisabeth

 


 

Nous l’évoquerons sous l’image d’un papillon violet : Ƹ̴Ӂ̴Ʒ 

parce que c’était sa couleur : de ses chouchou de cheveux, maquillage, sous-vêtements, habits, bijoux, jusqu’au bout des ongles de pieds… tout s’inscrivait dans le violet.

C’est dans le couloir qu’une infirmière me voyant habillée de cette couleur, m’apostrophe pour m’informer qu’une patiente va particulièrement apprécier et que ce serait bien d’aller la voir.

Colette l’avait rencontrée quelques jours auparavant, alors qu’inquiète pour ses proches, de son lit elle gère avec un beau sourire : l’intendance du domicile, le lycée du fiston…
On lui avait annoncé le diagnostic, mais  Ƹ̴Ӂ̴Ʒ  n’était alors, pas encore “identifiée soins palliatifs”.

Le contact, plus que chaleureux, s’est fait de suite ; une certaine complicité s’était établie, dans une symphonie pour chiffons et accessoires violine… ça pétillait dans ses yeux.

Elle me parle aussi de son stress, de ses angoisses, lesquels conjugués ont déclenché une crise qui a annulé sa sortie prévue.

Nous avons longuement évoqué la possibilité d’apprendre à lâcher-prise dans la respiration, l’évasion du mental. Elle est attentive, convaincue que ça pourrait l’aider à gérer.

L’intervention d’Isabelle, notre socio-esthéticienne va interrompre ce chaleureux échange.

Je cède ma place avec grand plaisir, car elle va pouvoir se détendre et se faire bichonner, et en plus : elle adore ça !

Colette la retrouve début de semaine suivante. Cette fois  Ƹ̴Ӂ̴Ʒ   est assez déprimée et pleure beaucoup. Son fils de 15 ans est auprès d’elle. C’est lui qui a demandé à avoir un lit pour passer la nuit auprès de sa maman. Tendrement, il la caresse, l’embrasse. L’amour, la complicité offrent un tendre tableau. Alors que Colette s’apprête à quitter la chambre après de longs échanges, tout en promettant de repasser avant de quitter la clinique, son fils insiste pour qu’elle n’oublie pas.

Fin de semaine :

Cette fois, j’ai eu l’occasion de discuter longuement avec sa soeur dont elle est très proche. C’est elle qui a pris le relais auprès de sa soeur, et y passe les nuits. Sa tête et son coeur bouillonnent dans tous les sens, elle ne sait plus gérer. Elle est dans l’émotionnel mais aussi la colère, l’agressivité et le jugement de son entourage proche, elle pleure nerveusement, se lâche. Elle est agitée, énervée et repose encore et toujours les mêmes questions. Elle ne peut “ni voir, ni entendre” ce qui lui est renvoyé. Elle est aussi en grande souffrance d’avoir à envisager la séparation, et n’accepte pas.
Le médecin du service lui a vivement conseillé de rentrer chez elle pour se reprendre une bouffée d’oxygène : elle a aussi besoin de penser à elle, et si d’un côté elle approuve, elle redoute aussi “que cela puisse se passer en son absence”. Je lui propose de prendre momentanément le relais.

Ƹ̴Ӂ̴Ʒ  me parle du plaisir qu’elle a pu éprouver lorsque son fils de 15 ans a demandé de passer deux nuits auprès d’elle. L’aîné quant à lui préfère la revoir au plus vite à la maison. Heureuse également des images et prières pieuses que lui a procuré Colette à sa demande, et qu’elle a installées précieusement auprès de Sainte Rita qu’elle affectionne tout particulièrement. Après le partage d’un cappuccino crémeux, je la laisse se reposer un peu.

Samedi 18 juin :

Je suis venue tout exprès pour lui apporter une composition florale avec une orchidée violette. Le plus naturellement du monde, elle m’a demandé de lui en trouver une artificielle pour “la garder plus longtemps après”.

Le lundi qui suit, comme promis, je passe la voir. Je ne sais pas encore que ce sera la dernière, alors que je la trouve souriante et “en pleine forme”.

Elle est décédée le lendemain, le mardi 21 en soirée, paisiblement endormie et entourée des siens.

Son état s’est dégradé en vitesse accélérée. Je ne l’ai su que le vendredi en arrivant dans le service.

Colette témoigne également : “une infirmière m’a raconté que, quelques instants avant de rendre son dernier soupir,
son jeune fils lui répétant sans cesse : Maman je t’aime, papillon-violet-030209est sortie de son coma pour lui dire : Moi aussi, je t’adore.

Aussitôt après, elle est retombée dans le coma et elle est morte sereinement.

Cet immense amour entre la maman et son fils de 15 ans, ils m’ont permis de le partager avec eux, d’en être le témoin privilégié en tant que bénévole. C’est un merveilleux cadeau. Je garde en moi le souvenir de son beau sourire.

Danièle

 


 

  • Printemps 2011 – M.P. – 75 ans

 

M.P a 75 ans, d’origine italienne, est flanquée d’un sacré tempérament.

Elle “sait” et voudrait que “ça arrive maintenant au plus vite” car elle ne comprend pas la nécessité de rester, alors qu’on sait qu’il n’y a plus rien à faire.

Elle est dans la rébellion : son mari est décédé il y a tout juste un an et elle lui en veut d’être “parti tranquillement, (il a la belle vie lui là maintenant me précise-t’elle) et de l’avoir laissée ainsi ici-bas !”.

Elle me confie “Ah mais je l’engueule hein, chaque jour, oui je l’engueule, parce que depuis que je suis ici à la clinique, je le vois tous les jours au pied de mon lit, avec un sourire béat, alors je l’engueule en lui disant (elle me mime avec son bel accent chantant) mais bon dieu, au lieu de rire bêtement, viens donc me chercher !” et elle éclate de rire.

Nous parlons de la mort, de “sa” mort. Je lui demande si vraiment au fond d’elle même, elle a envie de le rejoindre. Et tout aussi calmement, avec sa malice au coin des lèvres, elle éclate de rire, en me disant “Eh bé oui tiens !”.

Et puis elle me confie qu’elle voit aussi son père : “normal, j’étais sa chouchoute” précise-t’elle ! “il est un peu plus en retrait, regarde, mais ne dit rien ! et puis aussi maman, mais alors c’est diffus, je n’arriverai pas à expliquer” dit-elle ; et de me préciser aussi avec force de détails tout ce qu’elle a pu lui en faire voir étant gamine, sachant qu’elle avait le soutien indéfaillible de son père.

Nous rions comme deux collégiennes complices d’un bon tour. Elle est vraiment contente de pouvoir aborder ce sujet sans tabou, elle est écoutée et entendue.

“Je ne pourrai jamais dire cela à mes proches, ils me tiendraient pour folle” et elle éclate de rire.

Et quand un membre de la famille arrive pour lui rendre visite, et alors que je prends congé, elle me gratifie d’un merveilleux clin d’oeil complice.

Je la revois la semaine d’après, et comme on est en train de lui faire un soin, je propose de repasser plus tard et elle précise “oui, qu’on rigole un coup comme la dernière fois !”. Et effectivement, on repart dans les mêmes délires, en rigolant selon le terme “comme des baleines”.

Il était prévu qu’elle sorte en début de semaine, et m’avait fait promettre d’aller lui rendre visite à domicile afin de me présenter son bel Antonio comme elle se plaisaiit à le dire. Et, effectivement, elle est sortie le mardi… pour revenir le jeudi !

Cette fois, quand j’entre dans la chambre, sa fille est à ses côtés. Son état s’est nettement dégradé et tout est en train de se jouer dans les prémices du grand voyage. J’ai pu parler longuement avec sa fille, lui expliquer que c’était son souhait, et sa sérénité vis à vis de la mort dont elle m’avait largement fait part.

Avant de quitter la clinique, je passe lui dire au revoir, et là : ultime cadeau, elle ouvre les yeux et me gratifie d’un magnifique sourire. Elle esquisse quelques mots que je ne peux comprendre. Je m’approche d’elle, et au creux de son oreille, je lui murmure des mots bienveillants et lui dis qu’elle peut maintenant partir en toute sérénité. L’émotion est intense et palpable.

Elle a rendu son dernier soupir quelques heures plus tard et c’est aujourd’hui avec un grand sourire que j’évoque son souvenir.

Danièle

 


 

  • Février 2011 – Véronique – 40 ans

 

Elle s’appelait Véronique et avait tout juste 40 ans.

La première fois que je l’ai rencontrée, elle était entrée deux jours plus tôt et n’était pas encore en fin de vie.

Le personnel soignant, bien à l’écoute de l’attente des patients, avait toutefois souhaité que je lui rende visite car Véronique était très en demande de contacts.

L’accueil fut très chaleureux et le contact s’est fait tout naturellement.

A ce moment là, elle ne savait pas encore ce qu’elle avait, et pourquoi son dos la faisant tant souffrir. Mais l’équipe médicale, elle, savait !

Nous avons papoté comme de vieilles connaissances et avons également bien ri, alors qu’elle avait plaisir à me raconter les bêtises de ses enfants.

Nous nous sommes aussi attendries alors qu’elle évoquait, avec beaucoup de tendresse, l’amour qu’elle partageait avec son mari.

Elle aspirait à une chose : rentrer chez elle le plus vite possible pour y fêter ses 40 ans le 1er novembre, entourée de tous les siens, car elle était très attachée à sa famille.

Alors que je lui rends visite pour la seconde fois la semaine d’après, elle est cette fois considérée en fin de vie et le médecin en a informé la famille.

Je la retrouve profondément endormie, lovée dans son “coussin de grossesse”. Sa soeur est à ses côtés : jamais seule, il y a toujours un membre de la famille près d’elle.

Avec sa soeur, j’ai beaucoup échangé durant un long moment, toutefois ponctué de nombreux silences.

La troisième et dernière fois que je rencontre Véronique, elle a été changée de chambre.

Le personnel soignant, chaleureux et compatissant, tenait tout particulièrement à ce qu’elle puisse bénéficier d’un espace digne de ce nom pour fêter ses 40 ans, entourée de tous les siens, famille et amis.

Nous sommes le 2 novembre, sa fille aînée était là avec son compagnon.

Véronique parlait avec difficulté car elle avait un champignon dans l’oesophage. Mais ses yeux étaient remplis de bonheur pour me compter comment s’était déroulée “SA” fête.

Que de témoignages d’amour dans cette chambre !

Les murs étaient tapissés de dessins et de doux messages. Puis les cadeaux, fleurs, poupées de porcelaine pour sa collection.

Son gendre m’a montré, non sans fierté, un bel album avec les photos de tous les membres de cette belle et grande famille, si unie autour de Véronique, avec là encore des messages, des poésies… pleins de tendresse. Toute sa vie était résumée là, dans cet album.

J’ai pu découvrir que tous, personnel soignant y compris, avaient tenu à rendre ce moment exceptionnel et magique malgré le lieu, tous unis dans une émouvante complicité.

Et tout y était : musique (que Véronique avait d’ailleurs entendu arriver de loin), l’entrée joyeuse de l’équipe soignante avec boisson à bulles et biscuits. Et tout le monde a trinqué en riant et chantant en son honneur. Véronique était la reine du jour.

En mettant ces mots sur papier, je la revois très bien, toujours lovée dans ce coussin vert qu’elle ne quittait jamais, et recevant avec son beau sourire toutes ces marques d’affection. Elle rayonnait, elle était aux anges.

J’ai alors pu mesurer toute l’importance des soins palliatifs.

Véronique a pu vivre une dernière fois, mais de façon très intense cet anniversaire qu’elle attendait avec impatience, entourée de tous ceux chers à son coeur.

Tout avait été mis en oeuvre pour que la souffrance de ce corps meurtri ne la tourmente point.

Jusqu’à son dernier souffle, elle s’est sentie aimée, respectée. En un mot : le pouvoir d’encore exister.

Quant aux siens, ils ont pu l’accompagner jusqu’au dernier instant, et lui dire au-revoir dans un climat serein.

Un détail aussi qui me revient à l’esprit : une bonne odeur de frites qui traîne dans le couloir… laissée par un cornet que lui apportait affectueusement son gendre, et ce sentiment d’apaisemnt que cela me laisse de savoir qu’elle a pu profiter pleinement de cet instant magique.

Cet accompagnement a été emprunt de tellement d’émotion qu’il est vrai que nous ne sommes pas prêts de l’oublier.

Colette, Danièle & Martine

 


 

  • Février 2009 – Fleur – 30 ans – Tumeur au cerveau

 

Je l’appellerai Fleur, d’une part pour respecter l’anonymat de la famille, mais aussi Fleur parce qu’elle en est encore au Printemps de sa vie, mais que demain elle peut se faner d’un coup, d’une minute à l’autre, sous le couperet intraitable de celle que l’on surnomme “la grande faucheuse”.

Fleur a 30 ans, et un charmant petit garçon dont elle aimerait plus souvent être câlinée. Mais il est encore jeune, et ne comprend pas qu’il n’a pas une maman comme les autres, le visage meurtri et déformé par la maladie qui suinte de tous ses pores.

Alors, au-delà de sa souffrance physique, Fleur souffre dans sa chair,  dans son cœur de maman.

Ce cœur tout rose qu’elle a reçu en cadeau, moelleux, tout doux au toucher, et qu’elle serre tout contre elle pour s’endormir.

Fleur qui n’en finit pas de se gratter cet oeil gros comme un oeuf, et qui ne sait plus s’ouvrir. Le deuxième prend d’ailleurs le même chemin, et elle est obligée de soulever sa paupière pour essayer d’entrevoir une ombre, un contour déformé.

Une photo de ses 20 ans nous rappelle que c’était une jolie fille : c’était avant la maladie nous dit-elle… mais elle n’en dira pas plus, elle n’évoque jamais la maladie.

Son traitement la fait dormir, dormir encore et encore.

Nous sommes 3 bénévoles à nous relayer à son chevet.

Personnellement, lorsque je la vois ainsi dormir profondément, je lui prends la main et lui « parle en silence » toujours avec un grand sourire, comme si je m’adressais à celle qu’elle était, et qui rayonnait de son si tendre sourire.

Et j’aimerai la laisser ainsi dormir, m’octroyant le droit de penser « pendant ce temps là, elle ne souffre pas » !

Et en même temps, je sais qu’elle affectionne tout particulièrement notre présence. Le personnel soignant nous confirme d’ailleurs que depuis nos visites, elle est beaucoup plus calme, moins agressive, et dort mieux la nuit.

Dès qu’elle a conscience d’une présence, elle s’y accroche de ses deux mains, et cherche les nôtres pour se les accaparer : rester ainsi, ne plus bouger, le temps s’arrête… mais tu peux parler ! dit-elle d’un ton assuré… parce qu’elle a aussi besoin « d’entendre » la présence.

Elle est très en demande de ce toucher/affectif, et c’est là qu’une fois encore, je donne toute la puissance de la dimension relationnelle dans le toucher au travers de la formation que j’ai reçue, et qui a mes yeux, est très importante.

Un relationnel qui peut aussi se faire dans le silence, et ou dans l’intimité d’une pensée : tout peut être dit.

Danièle, Hélène et Marie-Anne


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